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Sarah, Mahmoud et Yehya
Par
Yassmin Moor
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yasminemoor@gmail.com
Yassmin Moor est une palestino-américaine qui écrit depuis Rafah, Gaza. Elle travaille actuellement pour mettre en application un projet de jardinage par une organisation qu'elle a co-fondé : Sauvez Gaza. Yassmin peut être jointe à l'adresse suivante : yasminemoor@gmail.com.
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L'uniforme d'écolière de Sarah Abu Ghazal est toujours étendu sur son matelas, intact comme elle l'avait laissé avant d'aller courir derrière ses cousins Mahmoud et Yehya Abu Ghazal le mercredi 29 août.
Elle devait entrer en CE1 le 2 septembre, mais son amie Amani, qui l'accompagnait sur le chemin de l'école depuis le début du Primaire, elle, ira seule cette année.
Photo PCHR : Sarah, Mahmoud et Yehya Abu Ghazal
La mère de Sarah lui avait achetée l'uniforme bleu des écolières, une paire de jeans et des chaussures noires juste la veille du jour où elle a été tuée par le tir d'un tank israélien.
Sa mère avait attendu jusqu'à la dernière minute pour acheter les fournitures scolaires de Sarah parce qu'elle attendait le salaire de son mari qu'il n'avait pas reçu depuis juin. Toujours pleine de vie, Sarah préparait ses nouveaux vêtements pour le début de l'année scolaire quand Yehya l'a appelée pour qu'elle vienne jouer.
Mahmoud, 10 ans, passait voir Yehya et il le suivait partout où il allait, puisqu'il n'avait pas de frères.
Le jour où il est mort, il venait juste de dire sa mère de ne pas lui acheter d'affaires pour l'école avant que Yehya ait acheté les siennes. Il avait promis d'acheter les mêmes choses que Yehya. Mahmoud a été tué aux côtés de Yehya et il est maintenant enterré juste à côté de lui.
Yehya, l'un des neuf enfants de la famille, allait entrer cette année en CM2 après avoir passé la majeure partie de l'été à garder les chèvres de sa famille. Originaire d'une petite communauté de Bédouins installée à la frontière nord de la bande de Gaza, entre Beit Hanoun et le passage de frontière d'Erez, la famille de Yehya faisait toujours les frais des fréquentes incursions israéliennes et des attaques contre Gaza.
L'armée se pointe presque chaque semaine et rase habituellement des terres, arrête certains hommes et se retire une nouvelle fois.
Le père de Yehya a été arrêté en septembre 2006 et il doit encore être jugé ou accusé alors qu'il croupit dans une prison israélienne.
Après le retrait unilatéral israélien de Gaza en 2005, la Bande était en apparence libre, pourtant les tanks israéliens étaient entrés dans Gaza à 3h du matin, am, avaient fait une descente dans la maison familiale et arrêté le père et l'oncle de Yehya.
Selon sa mère, Yehya ramenait ses chèvres près de leur maison ce mercredi après-midi quand il a perdu de vue son troupeau. Il les a repèréesen train de renifler des lanceurs de roquettes abandonnés, donc il est allé les chercher. Yehya a suivi les chèvres, avec Mahmoud et Sarah.
Les soldats invisibles dans les tanks israéliens les ont identifiés comme des "militants" et ils ont tiré sur eux.
Les garçons ont été tués sur le coup par les éclats d'obus. Sarah est décédée plus tard dans la soirée, seule à l'hôpital. Sa famille n'a pas eu le temps de la voir parce que son corps avait été emmené à l'hôpital de Beit Lahiya.
L'armée israélienne a déclaré qu'elle "avait identifié et tiré sur plusieurs lanceurs de roquettes qui visaient Israel."
Selon la famille Abu Ghazal, aucune roquette n'avait été tirée depuis ce secteur au cours des neuf derniers mois et l'armée israélienne le savait.
Cependant, les tanks étaient positionnés assez près pour que les soldats voient les enfants et ils auraient pû se baser également sur leur gros ballon blanc de reconnaissance qui plane constamment au-dessus de Beit Hanoun.
Trouver un chauffeur pour se rendre aux funérailles des enfants au nord de Beit Hanoun, le deuxième jour des trois jours de deuil, était presque impossible parce que cela équivalait à lui demander de rouler à travers des tirs croisés.
Beit Hanoun semble différent du reste de Gaza. Les rues sont vides, il y a des gravats partout, des arbres déracinés, des terres rasées et il n'y a pas beaucoup de commerce. Un secteur qui était autrefois une région agricole très verte a été transformée en no man's land vide où personne n'ose aller.
S'il y a un endroit dans Gaza qui ressemble à une zone de guerre dévastée par des années de conflit, c'est Beit Hanoun.
Les infâmes Qassams peuvent être vues et entendues alors qu'elles volent au-dessus de la frontière entre Gaza et Israel en représailles des bombardements des F-16 et des tanks israéliens.
Et au-dessus, plane le ballon de reconnaissance qui piste constamment les mouvements de chacun.
Les F-16s volent au-dessus de la ville plus fréquemment que dans n'importe quel autre endroit à Gaza ; Ne soyez pas étonné si aucun conducteur ou qui que ce soit d'autre ne veuille pas se rendre dans le secteur de Beit Hanoun.
La communauté de Bédouins dont sont originaires les enfants est installée parmi les plantations de citronniers rasées et les bâtiments démolis au nord de la Bande de Gaza. Les pères de Yehya et de Mahmoud sont frères et donc ils vivaient dans la même maison à trois chambres.
Les chambres à coucher sont couvertes d'amiante, la salle de séjour est composée d'un sol de sable face aux chambres à coucher et la cuisine se résume à un petit fourneau et une table avec quelques pots. Ils n'ont ni électricité et ni eau courante
Les fruits du travail quotidien des villageois sur leurs terres leur fournissaient des moyens d'existence mais les invasions israéliennes hebdomadaires ont détruit leurs terres et donc leurs sources de revenu. Ils reçoivent un peu d'aide de l'agence pour les réfugiés palestiniens de l'ONU, l'UNRWA, mais ils doivent se rendre à Beit Hanoun ou à Beit Lahiya pour tout le reste.
Leurs moyens de transport sont des carioles tirées par des animaux.
Les mères des trois enfants étaient assises l'une à côté de l'autre à leur enterrement tandis que les tanks israéliens à la frontière étaient également positionnés à l'arrière.
Les mères de Yehya et de Mahmoud tenaient chacune la photo de leurs fils, alors que la mère de Sara tenait un poster avec les photos de Yehya et de Mahmoud avec leurs noms écrits dessous. Entre leurs photos, il y avait l'image d'un bouquet de roses rouges, avec le nom de Sarah écrit dessous.
"Israel veut seulement répandre notre sang", dit la mère de Yehya, en s'étranglant sur les mots.
"Ils ne faisaient rien de mal… ils n'avaient pas de roquettes, pas de tanks… ils jouaient, c'est tout", a ajouté la mère de Mahmoud.
Ils étaient tous assis sur le matelas que Yehya partageait avec Mahmoud. Mahmoud s'esquivait furtivement la nuit hors de la chambre à coucher de sa mère pour aller dormir avec Yehya. "Ils étaient très attachés l'un à l'autre", dit la mère de Yehya, "Mahmoud n'aurait pas vécu sans Yehya. Que Dieu protège leurs âmes."
Le lendemain, sur la BBC, l'armée israélienne a déclaré que la mort de Yehya, de Mahmoud et de Sarah était un accident : "Au tout dernier moment, il a été évident qu'il s'agissait d'enfants, mais il a été impossible d'arrêter l'explosion. "
Il n'a pas été mentionné que les soldats qui les ont tués seraient tenus pour responsables ou au moins qu'une aide serait offerte aux familles et à la communauté.
Elles ne peuvent pas quitter leur secteur, ou leur terre, puisqu'elles ont nulle part où aller.
Où est la justice pour Yehya, 12 ans,et son enfance, ou pour Mahmoud, 10 ans, qui ne voulait rien d'autre que d'avoir les mêmes affaires que son ami, ou pour Sarah, 10 ans, qui n'a jamais pu porter ses nouveaux vêtements d'écolière ?
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Source
:
http://electronicintifada.net/
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Traduction
:
MG pour ISM |
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