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Grande Bretagne - 01-03-2005

La Grande-Bretagne et l’Europe financent l’occupation et l’expansion d’Israël
Par Karma Nabulsi
Karma Nabulsi est chercheur au collège Nuffield, à Oxford et un ancien représentant de l’OLP
 

Bien loin d’asseoir un processus de paix solide, la conférence sur le Proche Orient de Tony Blair à Londres pourrait même faire empirer les choses.
Le groupe "Donateurs internationaux" invité à Londres pour encourager l’Autorité Palestinienne à se réformer, a une expression pour résumer le désastre absolu que fut le projet avorté de création d’un état Palestinien au cours du processus d’Oslo, entre 1993 et 2003 : "Le fait accompli sur le terrain".


C’est un euphémisme pour (parler de) la politique israélienne d’occupation qui a tué Oslo et a quasiment détruit la possibilité d’une solution à deux états : expansion territoriale en Palestine occupée par l’extension des colonies, par la construction de routes et d’infrastructures et, plus récemment, par la construction d’un mur de séparation à l’intérieur de Cisjordanie.


Les donateurs (pour la plupart des états européens) se font maintenant très bien à l’idée qu’au lieu d’aider le peuple palestinien à obtenir son indépendance, ils ont fait le contraire. L’état de fait créé par Israël – et le refus de la communauté internationale de prendre des mesures à son encontre – ont détourné leur engagement vers le financement de l’occupation.

La Banque Mondiale, l’Europe, les Nations Unies, les agences internationales et les pays donateurs sont tous arrivés à la même conclusion : leurs diplomates se dispersent dans les rencontres internationales, découragés et malmenés, avec la profonde conscience de leur complicité, mais sans voire comment en sortir – ou, comme en Grande-Bretagne, en s’alignant complètement sur la position des Etats-Unis et sur celle d’Israël.


La volonté de ne pas s’opposer aux états de fait se manifeste maintenant dans une manifestation publique qui dissimule la responsabilité des états donateurs dans la création et la perpétuation de ce désastre politique. Il s’agit de masquer l’aide politique directe à Israël en offrant une assistance économique aux Palestiniens.

Le meeting londonien de Blair va se réunir sur les prémisses suivantes : le manque de réformes démocratiques et institutionnelles des Palestiniens est un frein au progrès et il incombe au leadership palestinien de développer ces institutions.

Le savoir et l’expertise de l’ouest peuvent aider les Palestiniens à acquérir le savoir faire et la culture politique qui leur manquent. Une combinaison de leçons, de références, de conditions, de contrôles et d’aide économique sont les bons mécanismes pour aider les Palestiniens, qui sont largement ou entièrement responsables de la violence, de la misère noire, du chômage et de l’anarchie qui règnent aujourd’hui en Palestine occupée.

D’aucuns peuvent conclure qu’il vaudrait bien mieux de ne rien faire plutôt que d’aider activement les israéliens dans leur politique habituelle contre les Palestiniens. Mais si les erreurs calamiteuses du processus d’Oslo ne doivent pas se répèter, une manifestation de bonne gouvernance de la part communauté internationale elle-même serait plus que bienvenue.

La justice et la transparence dans le traitement du conflit seraient un bon démarrage. Il n’y a pas eu de partenaire pour la paix au Proche-Orient pendant des années, et le partenaire absent c’est Israël, non les Palestiniens. Ce qui est au cœur du problème, c’est le rejet absolu d’Ariel Sharon du processus politique international.



La véritable question à propos de cette conférence c’est : où est Israël ?

Pourquoi lui est-il permis de bloquer le processus de paix, de s’emparer de la terre palestinienne et de se décharger de ses obligations internationales, alors que les Palestiniens servent de bouc émissaire ?

L’insistance apportée au fait que la bombe de vendredi à Tel Aviv a violé le cessez-le-feu, quand 25 Palestiniens ont été tués par Israël depuis qu’il a commencé, signifie qu’il n’y a pas de point de repère clair pour évaluer qui est en train de tuer les chances de paix.


La bonne gouvernance ça veut dire :

Appliquer les principes qu’on est heureux d’appliquer aux autres conflits.

Citer les résolutions de sécurité des Nations Unies sur les inadmissibles acquisitions de territoire par la force partout sauf en Palestine occupée n’est pas de bonne gouvernance.

Encourager les exilés et les réfugiés irakiens à participer aux élections pendant qu’on traite les réfugiés palestiniens en parias n’est pas appliquer ces fameux principes démocratiques que la communauté internationale veut enseigner aux Palestiniens.


Nous, Palestiniens, nous n’avons pas besoin de leçons de démocratie – au cours des dix dernières années les Palestiniens ont résisté à toutes les tentatives concertées pour faire de nos institutions des agences au service de l’occupation israélienne.


Notre mouvement de réforme est un vrai mouvement qui reflète de vrais soucis : pour la représentation, la liberté politique, de bonnes institutions, la protection contre la violence du projet israélien courant.

Si la communauté internationale veut pratique une bonne gouvernance, ses représentants n’ont qu’à écouter les requêtes courtoisement exprimées par nos délégations : pour l’application de la loi internationale, la réintroduction du multilatéralisme, le besoin urgent d’une conférence internationale qui concerne les problèmes du statut final des frontières, des colonies, des réfugiés, de l’eau et de Jérusalem.

C’est la réforme dont nous avons si urgemment besoin – et nous espérons que la communauté donatrice est à la hauteur de la tâche.

  Source : The Guardian  
  Traduction : CS pour ISM-France  
     
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