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Gaza - 16-05-2009

Mes trésors interdits
Par Sami Abu Salem
 

Alors qu’il feuillette les documents jaunis du cadastre prouvant la propriété d’une pièce de terre de son père dans le village jadis idyllique d’Al-Batani, les larmes d’Ahmed Mosleh, 86 ans, tombent sur les vieilles pages précieuses.



















Portant le tampon officiel de ce qui était alors « le cadastre de Gaza du Gouvernement de Palestine », elles sont tout ce qui reste des 40 hectares de la terre familiale dans le village où ils vivaient en paix avec les Juifs jusqu’à ce qu’ils soient massacrés et exilés par les troupes israéliennes en 1948, rasant des villages entiers.

« Ce sont mes vrais trésors, » dit-il d’une voix mélancolique. « Ils prouvent la propriété de la terre de ma famille avant la Nakba. Quand nous reviendrons, je les montrerai aux autorités pour récupérer ma terre. »

Comme cinq millions ou plus d’autres réfugiés palestiniens éparpillés dans le monde aujourd’hui, Mosleh rêve toujours de revenir chez lui, à Al-Batani Al-Sharqui (Batani Est) en Palestine Historique, près d’Ashdod, d’où il a été obligé de s’enfuir alors qu’il avait 25 ans.

Il vit aujourd’hui avec sa famille dans le camp de réfugiés d’Al-Maghazi, dans la Bande de Gaza assiégée, mais il est clair que son esprit est ailleurs alors qu’il se remémore les détails de sa vie à Al-Batani lorsqu’il était enfant.

« Avant la guerre, nous étions bons amis avec nos voisins juifs ; on travaillait ensemble et si l’un d’entre nous était malade, nous allions chez le médecin juif allemand qui vivait à côté, » dit-il, toujours incapable de comprendre comment les relations ont changé aussi dramatiquement en cette année fatidique où ses voisins palestiniens ont été assassiné par les sionistes armés.

« Les Juifs nous acheter des produits agricoles, » dit-il, tout en se rappelant leur nombre croissant avec l’arrivée de Juifs, principalement d’Europe.

« Notre village était très vivant, » dit-il. « Nous avions une mosquée, cinq puits et des serres pleines d’arbres à agrumes. Nous faisions pousser des melons, du blé, du raisin et beaucoup de fruits, et nous partagions une école avec Batani Ouest. »

Il se souvient avec émotion du jour de son mariage, pour lequel son père avait mis de côté 30 chèvres pour nourrir tout le village lors de la fête du mariage.

« Ce fut le plus beau jour de ma vie, » dit Ahmed, les yeux fixés sur une photo de son père, Mahmoud. « Nous avons fait des courses de chevaux et les gens ont dansé la Dabkeh toute la journée. »

Ahmed dit que pendant que les villageois étaient occupés à préparer la moisson, les sionistes préparaient leur attaque.

« Quand nous avons appris le massacre de Deir Yassin, nous vivions tous dans la crainte, alors nous avons décidé de nous échapper pour protéger nos femmes et nos enfants, et aussi parce que nous n’avions pas assez d’armes pour faire face aux armes sophistiquées des sionistes, » dit-il.

En avril 1948, les sionistes ont massacré les habitants de Deir Yassin, près de Jérusalem, dont des femmes enceintes, des enfants et des bébés.

Selon l’historien israélien Ilan Pappe, les soldats juifs ont mitraillé les maisons et tué tous leurs occupants.

« Les villageois qui restaient furent alors rassemblé dans un seul endroit et assassiné de sang froid, leurs cadavres mutilés et des femmes ont été violées puis tuées, » note l’historien israélien.

Ahmed se souvient de s’être enfui vers Tal Al Safi à l’est de son village, pendant que les tirs des troupes juives pleuvaient sur eux, tuant quelques-uns dans leur fuite.

« Nous n’avions aucune idée de ce qui se passait, nous courions juste pour échapper à la mort, » dit-il. « Nous avons marché, marché, portant quelques-unes de nos affaires et emmenant nos chèvres. »

Dans cet exode, Ahmed se souvent que plusieurs personnes sont mortes de maladie. Mais, dit-il, le pire était la faim.

« C’était insupportable de voir les gens affamés se disputer un morceau de pain, » dit-il.

Les avions de combat ont suivi l’occupation de leur village, lançant des attaques aériennes mortelles et blessant beaucoup d’entre eux.

Ahmed n’a jamais revu son village, en dépit de la Résolution 194 des Nations Unies votée en décembre 1948, qui demande le retour des réfugiés palestiniens chez eux, « le plus rapidement possible. »

La même résolution demande également des indemnisations pour les propriétés de ceux qui ont choisi de ne pas revenir, ce qu’Ahmed rejette avec mépris.

« Il n’en est pas question, même s’ils me donne des tonnes d’or pour chaque dunum. Je ne vendrai jamais, je ne peux pas faire ça, » dit-il, résolu.

Mais il est aussi méfiant sur l’avenir politique sombre qui affecte la vie quotidienne des Palestiniens, et les profondes divisions entre les factions palestiniennes qui affaiblissent encore davantage la perspective d’un retour des réfugiés.

« Israël refuse de nous autoriser à revenir, et l’Amérique aide Israël, » dit-il en colère. « Nous ne pouvons pas lutter contre l’Amérique. Ce n’est pas juste. Les Juifs sont venus du monde entier vivre sur notre terre, alors que nous, qui sommes nés ici et qui en sont les vrais propriétaires, ne pouvons pas. »

« Quelquefois, je suis passé près de mon village, mais c’est une zone militaire, il y a un aéroport militaire et je ne peux pas entrer, » dit-il. « Mon rêve, c’est de le revoir et d'y sentir la brise. Je donnerais tout pour y être enterré après ma mort. »

Evoquant sa mort, Ahmed espère que si lui ne revient pas dans son village, ses enfants et ses petits-enfants – 109 au total – y reviendront.

« Et si ce n’est pas eux, leurs propres enfants et petits-enfants, » dit-il. « Nous reviendrons. »

  Source : Ramattan  
  Traduction : MR pour ISM  
     
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